Chien et chat

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  • juin 4, 2026
  • Category: Lignes directices

Nouvelles lignes directrices pour la prophylaxie antibactérienne lors de chirurgie chez les chiens et les chats


Les antibiotiques sont fréquemment utilisés dans le contexte d’interventions chirurgicales pour diminuer le risque que des infections surviennent suite à ces interventions. Le réseau « European Network for Optimization of Veterinary Antimicrobial Therapy » (ENOVAT) a mené une étude approfondie des connaissances scientifiques actuelles concernant les avantages et les inconvénients de la prophylaxie antibactérienne en chirurgie chez le chien et le chat.

En général, il n’y a pas d’infection au moment de l’intervention chirurgicale et l’administration d’un antibiotique est dès lors considérée comme une mesure de prophylaxie antibactérienne. La prophylaxie antibactérienne doit toujours être appliquée en respectant les principes de « Antimicrobial stewardship » (gestion des antimicrobiens), c’est-à-dire d’une utilisation responsable des antibiotiques. Si le vade-mecum d’AMCRA inclut également dans les indications qu’elle traite la « prophylaxie antibactérienne » en chirurgie, c’est précisément parce que des antibiotiques sont souvent utilisés lors d'interventions de routine, telles que la chirurgie élective (comme la castration), malgré le risque de développement de résistances, que les bénéfices supposés de la prophylaxie ne compensent pas. D'autres interventions chirurgicales, comme celles où le champ opératoire est réellement contaminé, nécessitent en revanche une approche ciblée pour éviter les infections.

Le réseau « European Network for Optimization of Veterinary Antimicrobial Therapy » (ENOVAT) veut aider les vétérinaires praticiens à déterminer à l’aide de ces lignes directrices dans quels cas l'administration péri-opératoire ou postopératoire d'antibiotiques peut contribuer à réduire les infections liées aux interventions chirurgicales, et dans quels cas elle doit être évitée car ses inconvénients l'emportent sur ses avantages. Les recommandations ont été formulées par un panel de 21 experts dans différents domaines allant de la chirurgie des tissus mous et orthopédique, la médecine interne, les maladies infectieuses et la microbiologie vétérinaire, à la pharmacologie et l'épidémiologie vétérinaires, ainsi qu'à la médecine humaine. Des vétérinaires praticiens ont également été consultés ; il leur a été demandé d'indiquer à partir de quelle réduction du risque (calculée comme le nombre absolu pour 1 000 chats/chiens subissant cette intervention), ils opteraient ou non pour une prophylaxie antibactérienne, par type d'infection.

On entend par « infection du site opératoire » (ISO) :

• Une infection survenant après une intervention chirurgicale et touchant la peau/les muqueuses et les tissus sous-cutanés au niveau de l'incision (infection superficielle)
• et/ou les tissus mous situés sous la peau et les tissus sous-cutanés (infection profonde) au niveau de l'incision
• et/ou toute partie de l'anatomie (os, organes et cavités) qui a été ouverte ou manipulée au cours de l'intervention chirurgicale (infection d'un organe ou d'une cavité) et pouvant concerner des implants posés au cours de l'intervention (infection liée à un implant)

Des recommandations ont été formulées par type de plaie chirurgicale : « propre », « propre contaminée » et « contaminée ». Les plaies sales et les interventions relatives aux dents et aux yeux n’ont pas été prises en compte.

La force des preuves scientifiques a été déterminée selon la méthode GRADE et a été indiquée pour chaque recommandation. On considère qu’un consensus est atteint parmi les experts du panel lorsque 80 % d’entre eux sont d’accord. Des lignes directrices destinées à la médecine humaine ont également été consultées lorsque les données en médecine vétérinaire étaient insuffisantes, mais la force de preuve qui leur a été attribuée était « très faible » en raison de leur caractère indirect. La force probante des inconvénients de la prophylaxie antibactérienne a également toujours été prise en compte lors de l’établissement des recommandations. Les inconvénients considérés sont la perturbation du microbiome intestinal du patient (risque de dysbiose), ainsi que la sélection et le développement d'une résistance aux antibiotiques chez l'animal et l'homme. Les inconvénients de la prophylaxie antibactérienne péri-opératoire intraveineuse ont été considérés comme étayés par des preuves de force modérée. Les inconvénients de la prophylaxie antibactérienne postopératoire ont été considérés comme étayés par des preuves de force élevée.

Dix recommandations « fortes » et trois recommandations « conditionnelles » ont été formulées en défaveur de la prophylaxie antibactérienne, et cinq recommandations « conditionnelles » en sa faveur. Les recommandations fortes contre la prophylaxie antibactérienne se sont fondées sur le manque d’efficacité du traitement. Bien qu’il y ait eu des données probantes soutenant l’efficacité du traitement, celles-ci ne bénéficiaient que d’une force allant de faible à très faible alors que les inconvénients du traitement étaient étayés par des preuves de force allant de modérée à élevée. Lorsqu’une recommandation est conditionnelle, qu’elle soit en faveur ou en défaveur de la prophylaxie antibactérienne, cela signifie que l’efficacité ou les inconvénients du traitement sont étayés soit par une preuve de force très faible, soit par une force de preuve modérée ou élevée, mais que l’incertitude quant aux préférences et aux valeurs des différents groupes de patients est importante, ce qui ne permet pas de formuler une recommandation forte.

Les recommandations fortes ou conditionnelles peuvent être interprétées de la manière suivante :

On entend par utilisation « péri-opératoire » d'antibiotiques, l’administration d’antibiotiques au cours d’une période comprise entre 2 heures avant le début de l'intervention chirurgicale (début de l'incision) et 24 heures maximum après la fin de l'intervention, avec éventuellement un renouvellement de l’administration au cours de la période.

Tandis que l'utilisation « postopératoire » désigne l’administration d’antibiotiques plus de 24 heures après la fin de l'intervention chirurgicale (fermeture de la plaie).

Le groupe d'experts a établi les recommandations suivantes concernant l'utilisation d'antibactériens en période péri-opératoire et postopératoire chez les chiens et les chats :

  • Pour la castration, il y a une forte recommandation CONTRE la prophylaxie antibactérienne péri-opératoire (force de preuve faible, consensus à 100 %) et CONTRE la prophylaxie antibactérienne postopératoire également (force de preuve faible, consensus à 100 %).
  • Pour les autres chirurgies propres des tissus mous, telles que la splénectomie, l'ablation d'une tumeur cutanée, la laparotomie exploratoire et la gastropexie, il existe une forte recommandation CONTRE la prophylaxie antibactérienne péri-opératoire (force de preuve très faible, consensus à 100 %), de même que CONTRE la prophylaxie antibactérienne postopératoire (force de preuve très faible, consensus à 100 %).
  • Pour les interventions urologiques propres-contaminées, il existe une recommandation conditionnelle CONTRE la prophylaxie antibactérienne péri-opératoire (force de preuve très faible, consensus à 100 %).

Cette recommandation conditionnelle repose sur l’avis du panel selon lequel les risques que survienne une infection du site opératoire (ISO) dans un organe ou une cavité après l’ouverture d’une voie urinaire non infectée (définition de « propre-contaminée ») sont très faibles. La recommandation dépend donc de la confiance du chirurgien dans son appréciation de la présence ou non d'une infection bactérienne du tissu incisé ou des espaces pénétrés. S’il craint la présence d'une infection, il se référera aux recommandations relatives aux interventions chirurgicales dans des tissus mous contaminés.

  • Pour les interventions urologiques propres-contaminées, il y a une forte recommandation CONTRE la prophylaxie antibactérienne postopératoire (force de preuve très faible, consensus à 100 %).
  • Dans le cas d'interventions gastro-intestinales propres-contaminées, il existe une recommandation conditionnelle POUR la prophylaxie antibactérienne péri-opératoire, sauf lorsqu’il n’y a que l'estomac qui est impliqué (gastrotomie). Dans ce cas, recommandation contre la prophylaxie antibactérienne péri-opératoire (force de preuve très faible, accord à 94 %).
  • Pour les interventions gastro-intestinales propres-contaminées, il existe une forte recommandation CONTRE la prophylaxie antibactérienne postopératoire, force de preuve très faible, consensus à 100 %.
  • Pour les autres interventions propres-contaminées sur les tissus mous, par exemple la chirurgie corrective dans les cas de syndrome d'obstruction des voies respiratoires brachycéphaliques, il existe une forte recommandation CONTRE la prophylaxie antibactérienne péri-opératoire (force de preuve très faible, consensus à 100 %) et CONTRE la prophylaxie antibactérienne postopératoire (force de preuve très faible, consensus à 100 %).
  • Pour les interventions contaminées sur les tissus mous, il existe une recommandation conditionnelle POUR la prophylaxie antibactérienne péri-opératoire (force de preuve très faible, consensus à 100 %).

Après avoir pesé les effets bénéfiques et indésirables des agents antibactériens chez les chiens et les chats lors d'une intervention contaminée, le panel a conclu que les effets bénéfiques potentiels l'emportaient sur les effets indésirables et a émis une recommandation conditionnelle en faveur de la prophylaxie péri-opératoire.

  • Pour ces mêmes interventions, il y a une recommandation conditionnelle POUR la prophylaxie antibactérienne postopératoire pendant 3 à 5 jours, à évaluer quotidiennement et à ajuster ou réduire en fonction des résultats des cultures et des tests de sensibilité (force probante très faible, consensus à 100 %).
  • Pour les interventions orthopédiques propres, sans implication d’implants, il existe une recommandation conditionnelle CONTRE la prophylaxie antibactérienne péri-opératoire (force de preuve très faible, consensus à 100 %).

Compte tenu des faibles taux d'infections du site opératoire (ISO) et de l'absence de préoccupations majeures concernant la morbidité, le panel a estimé qu’une prophylaxie systématique lors d'interventions orthopédiques sans pose d'implant n'était pas justifiée, compte tenu du risque d'effets secondaires et de l'apparition d'une pression de sélection en faveur de bactéries résistantes.

  • Pour les interventions orthopédiques propres, sans implication d’implants, il existe une recommandation forte CONTRE la prophylaxie antibactérienne postopératoire (force de preuve faible, consensus à 100 %).
  • Pour les interventions orthopédiques propres, avec placement d’implants, il existe une recommandation conditionnelle POUR la prophylaxie antibactérienne péri-opératoire (force de preuve faible, consensus à 100 %) et CONTRE la prophylaxie antibactérienne postopératoire (force de preuve modérée, consensus à 100 %).
  • Dans le cas d'une opération des ligaments croisés (TPLO), il existe une recommandation conditionnelle POUR la prophylaxie antibactérienne péri-opératoire (force de preuve très faible, 94 % de consensus). Le panel a émis une recommandation conditionnelle en faveur de la prophylaxie péri-opératoire, en raison du risque supposé accru d'infections de la plaie et, plus important encore, des difficultés de traitement des infections liées aux implants, qui peuvent nécessiter un traitement antibiotique de longue durée ou une nouvelle opération.
  • Par contre, le panel a formulé une recommandation conditionnelle CONTRE la prophylaxie antibactérienne postopératoire en cas de TPLO (force de preuve très faible, 100 % de consensus).

Le vade-mecum d’AMCRA fait également des recommandations concernant la prophylaxie antibactérienne en chirurgie chez les chiens et les chats. Lors de la révision approfondie du vade-mecum qui aura lieu en automne 2026, les directives de l'ENOVAT seront utilisées et, après concertation avec nos propres experts vétérinaires, transposées en directives nationales.

Pour lire l'article complet du réseau européen ENOVAT, cliquez ici.